Le désastre est notre maître.

Avr 12

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Le « Monsanto Protection Act » au-dessus de la justice américaine ? -

Le « Monsanto Protection Act » garantit la culture des OGM contre toute décision de justice. L’adoption de cet amendement a fait scandale aux États-Unis.

Mar 14

De la viande, oui, mais à l’acide !

Pendant que Bruxelles annonçait à grand bruit le retour des farines animales dans la gamelle des poissons, volailles et cochons, une autre bonne nouvelle est passée quasiment inaperçue. Il s’agit de la publication du règlement européen 101/2013, qui autorise l’« utilisation de l’acide lactique pour réduire la contamination microbiologique de surface des carcasses de bovins ».



L’avantage du badigeonnage à l’acide lactique, c’est qu’on peut ainsi transformer une bidoche pas très nette en morceau de barbaque propre comme un sou neuf. Largement utilisée aux États-Unis, cette éponge magique faisait envie à l’Union Européenne du commerce du bétail et de la viande (le lobby des industriels du steak), qui tentait depuis trois ans de nous l’imposer. Enfin, c’est gagné !

Certes, toute la bidoche ne sera pas astiquée à l’acide lactique. Mais, comme le règlement n’impose pas de mettre au parfum le consommateur, les seuls qui seront informés que la barbaque qu’ils achètent a été nettoyée ainsi sont les grossistes et les semi-grossistes en viandes… Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Quand donc Bruxelles autorisera-t-elle aussi le poulet Javel, que les Américains tiennent absolument à nous faire déguster ? “Blanchir" les carcasses de volailles contaminées en leur faisant faire trempette dans des bains d’eau javellisée, ce serait pourtant très pratique.

Et, pendant qu’on y est, pourquoi pas la colle à viande ? Il y a trois ans, le Parlement européen avait, in extremis, retoqué la proposition de la commission européenne d’autoriser la thrombine comme additif alimentaire. Cet enzyme extrait du sang de bœuf ou de porc peut servir de colle pour agglomérer des chutes de découpes à l’abattoir et reconstituer ainsi la viande qu’on trouve dans les plats cuisinés.

Pratique pour donner au consommateur l’illusion qu’il a des morceaux entiers dans sa barquette de cassoulet, alors qu’il s’agit de bouts de barbaque provenant de différents animaux recollés ensemble ! Il a des jours comme ça où l’Europe ça colle aux dents…

Le Canard Enchaîné N° 4819 du 6 mars 2013

Mar 11

Vers une crise de régime ?

Les sondages indiquent un effondrement de la popularité du Président, mais aussi du Premier Ministre et des ministres du gouvernement. Moins d’un an après l’élection présidentielle, et les élections législatives, c’est un phénomène très rare de désaffection massive[1], qui conduit certains commentateurs à parler « d’enfer ». François Hollande se retrouve avec seulement 33% de réponses lui accordant leur confiance pour résoudre les problèmes du pays. Il est au plus bas d’un Président dans l’année suivant l’élection[2]. Jean-Marc Ayrault, avec pour sa part 30% d’opinions favorables, enregistre un record absolu. De manière significative, la chute des opinions favorables est la plus forte chez les ouvriers et les employés ainsi que chez les jeunes (avec 30%), et la plus faible chez les cadres. Notons enfin le faible nombre de réponses « ne se prononce pas » avec 5% de l’échantillon. Les résultats du sondage sont donc représentatifs de l’opinion des Français. Des résultats à peu près similaires avaient été obtenus dans un sondage IFOP-Paris Match réalisés quelques jours auparavant[3]. On dira que ce gouvernement et ce Président l’ont bien cherché. Rarement a-t-on vu en aussi peu de temps autant de promesses se transformer en leurs contraires. Rarement aussi aura-t-on vu s’établir, dans le cadre d’une supposée alternance politique, une telle continuité avec la politique du précédent gouvernement, politique qui avait été rejetée tant aux élections présidentielles que législatives du printemps dernier. Ceci explique sans doute la chute de François Hollande dans les sondages, chute à la hauteur des espérances qui s’étaient portées sur sa personne. À cela ajoutons un style de gouvernement quelque peu déroutant. Et l’on sait bien que « le style c’est l’homme » (ou la femme).


L’effondrement de la popularité du pouvoir et ses conséquences.
Le problème posé par cet effondrement de la cote de popularité tant du Président que du gouvernement est qu’à priori ceci ne devrait pas avoir de conséquences. Les prochaines échéances électorales sont en 2014. Et c’est l’un des raisons pour lesquelles le pouvoir fait actuellement le dos rond, espérant qu’une amélioration de la situation économique se produira entre la fin de cette année et le début de l’année prochaine. On a déjà, et à plusieurs reprises, expliqué pourquoi une telle hypothèse avait très peu de chance de se réaliser. La France s’enfoncera progressivement dans la récession, à moins qu’un effondrement de la consommation des ménages ne provoque un basculement de la récession vers la dépression, et une accélération brutale de la progression du chômage (Chômage, la marée noire qui nous menace). Les implications politiques de la trajectoire économique doivent donc être étudiées avec attention.
Au mieux, les élections prévues en 2014 se transformeront en un vote sanction qui sera d’autant plus massif que les enjeux électoraux sont limités. Car en matière d’élections, nous serons servis pour 2014. Tout d’abord nous aurons en mars 2014 des élections municipales, cantonales et régionales. Dans ces élections, le facteur « local » a traditionnellement une grande importance. C’est ce qui explique qu’à l’heure actuelle on ne prévoit pas de grands déplacements de voix[4]. Mais, ceci pourrait changer d’ici à élections. Dans le contexte probable qui dominera en France, il n’est pas impossible qu’elles puissent prendre l’allure d’un test national. Puis, en juin 2014, se tiendront les élections européennes. Ces élections prendront elles, naturellement, la dimension d’un test national. Mais, elles auront aussi des enjeux limités, compte tenu des faibles pouvoirs du Parlement européen. Il est donc probable que le message envoyé par les électeurs soit très clair, mais qu’il soit ignoré par le pouvoir et les états-majors politiques. On voit très bien qu’il n’est pas impossible que le Front National, ou l’un de ses avatars, se hisse à plus de 30% des suffrages dans une élection marquée par ailleurs par une faible participation. Ce serait un coup de tonnerre dans la vie politique française, mais un coup de tonnerre que les médias n’auraient de cesse de transformer en coup de cymbales. Tout sera mis en œuvre pour que les leçons d’un tel scrutin ne soient pas entendues, et nous continuerons, en brinquebalant, à aller jusqu’aux élections présidentielles de 2017. Tel est, fondamentalement, le scénario dans lequel François Hollande met ses espérances, comptant bien être réélu, en dépit de tout ce qu’il a fait et n’a pas fait, s’il devait affronter au deuxième tour Marine Le Pen. Ce pari est risqué ; bien de choses peuvent changer d’ici 2017. Cependant, convenons qu’il est tentable. Il est en tout cas dans la logique « mitterrandienne » qui inspire aujourd’hui François Hollande.
Mais une autre hypothèse, tout aussi et même plus probable, est aujourd’hui parfaitement possible. Elle représente le pire, du point de vue du pouvoir actuel, et ne doit pas être écartée à la légère. Si l’économie française connaît une chute brutale d’activité dans le cours de 2013, la perte de crédibilité du gouvernement et du Président se transformera en une perte de légitimité. Cette crise de légitimité pourrait survenir de la conjonction de trois mouvements dont on sent dès aujourd’hui la montée dans la société : une colère politique, une colère sociale, une colère issue d’un sentiment de la perte d’identité. C’est là l’hypothèse la plus sérieuse sur laquelle il convient de réfléchir, car la crise de légitimité implique une crise de régime.


Les trois colères
La colère politique est facile à prévoir. Elle s’enracine sur un mécontentement allant s’approfondissant et sur le fait que ce dernier ne peut, en théorie, trouver de solution d’ici 2017. Ce mécontentement est redoublé du fait qu’une partie des électeurs qui font partie du socle traditionnel de la gauche s’estime flouée par la politique actuelle du Président et du gouvernement. Ceci est visible dans les sondages récents où le recul de François Hollande est le plus important dans les catégories qui l’ont le plus soutenu : les ouvriers, employés, les professions intermédiaires et les jeunes. Une partie des responsables du Parti Socialiste s’en inquiète d’ailleurs. Cette déception pourrait, si elle s’enracinait d’ici les prochains mois, se transformer en un mouvement d’abstention massif lors des élections de mars 2014, modifiant ainsi brutalement les rapports de force. Mais, il convient immédiatement de dire que la droite traditionnel n’est pas une alternative, et qu’elle est encore très peu audible sur les préoccupations de cet électorat. Voilà qui incite à penser que cette colère politique pourrait s’exprimer hors du cadre électoral, ou s’incarner dans tout mouvement rejetant d’emblée les partis traditionnels.


La colère sociale est elle aussi facilement prévisible. Elle s’exprime à la fois dans la montée de la violence sur des sites qui sont devenus emblématiques de la crise (PSA-Aulnay, Continental-Amiens) et dans une désespérance très sensible dans des milliers de petits sites où, à une échelle plus réduite, se rejoue le même drame. L’échec relatif de la mobilisation syndicale contre le projet d’accord ANI entre le MEDEF et quelques syndicats minoritaires ne doit pas faire illusion. Il n’y a eu échec que parce que l’on a proposé à des gens en colère et désespérés des formes bien trop traditionnelles d’expression de leur colère et de leur désespérance. Cet échec est avant tout celui des formes classiques de mobilisation syndicale. Notons déjà que la conjonction de la colère politique et de la colère sociale est redoutable. Le potentiel d’une explosion massive ne fait donc que se renforcer, mais cette explosion suivra des voies différentes de celles qui ont été tracées par les syndicats. Seuls ceux qui sauront s’y adapter y survivront. Cette explosion sera, selon toute vraisemblance, violente. Elle confrontera directement les organes du maintien de l’ordre (Police et Gendarmerie) au choc frontal avec cette colère. Comme ces organismes sont eux aussi travaillés, pour des raisons générales mais aussi des raisons particulières, par un fort mécontentement, nul ne peut dire quelle sera l’issue de ce choc. Si le gouvernement met en œuvre une politique directement répressive, il risque d’aggraver dans des proportions considérables la fracture politique qui se dessine. S’il tergiverse, il peut être emporté par une succession de mouvements se renforçant l’un l’autre.


La colère issue du sentiment de perte de l’identité est un phénomène encore plus complexe à décrypter. Elle a, bien entendu, une dimension politique, qui s’enracine dans le déni de démocratie auquel on a assisté en 2005 lors du référendum sur le projet de constitution européenne. Les partisans du « non », largement victorieux, ont été dépossédés de leur victoire, une manœuvre à laquelle François Hollande a été connivent. Les Français ont eu, à ce moment, le sentiment d’être dépossédés de la démocratie, de leur démocratie. Les gouvernants et une partie de l’opposition ont cru que ce sentiment serait passager. C’était oublier le lien très profond, enraciné dans l’histoire, qui unit en France le peuple avec le principe de la démocratie (et non nécessairement ses formes). De là date une fracture symbolique[5]. Cette fracture s’est transformée en une facture qu’il faudra bien solder. Il n’est pas sans une certaine ironie que cette facture retombe sur François Hollande qui, en tant que dirigeant du Parti Socialiste, a beaucoup fait pour l’existence de cette fracture et de cette facture. Cette colère a aussi une dimension sociale, en ceci que le mouvement de désindustrialisation qui s’accélère aujourd’hui nous confronte à l’image d’une France qui n’est plus celle que nous connaissions, ou que nous pensions connaître : un pays fier de ses réalisations industrielles. Une partie importante de la population, qui excède de loin le nombre des simples ouvriers d’industrie, est très profondément attachée à cette image de la France. C’est ce qui explique le succès initial du Ministère du « Redressement Productif ». Mais la maîtrise du verbe ne masque qu’un instant les réalités. L’importance de ce sentiment de perte de l’identité, qui peut s’incarner passagèrement dans un rejet de « l’autre », tient en ce que s’articulant avec la colère politique et la colère sociale, il va provoquer provoquer une délégitimation massive du pouvoir.


Vers la guerre civile ?
La crise qui s’annonce va faire voler en éclats l’idée d’une « démocratie apaisée ». D’une part, cette expression est une contradiction dans les termes. Les intérêts qui divisent une société ne sont pas de ceux qui peuvent se régler dans le calme feutré des cénacles privés. Leur exposition au grand jour, qui est l’une des conditions nécessaires à l’existence d’une véritable démocratie, implique un degré d’affrontement qui rend illusoire toute idée d’apaisement. D’autre part, quand les conditions d’exercice de la démocratie sont à ce point fautives que des colères convergentes ne trouveront pas de formes institutionnelles d’expression, il est illusoire de chercher à s’abriter derrière l’idée d’une « démocratie apaisée ». Il faut d’ailleurs remarquer que, de ce point de vue, la France n’est nullement une exception. C’est à un phénomène du même ordre que l’on a assisté lors des récentes élections italiennes.
Dès lors, le pouvoir actuel a devant lui trois options. Il peut rester « droit dans ses bottes », et supporter la totalité du choc de ces trois colères. Il est possible qu’il y survive, mais au prix d’une répression qui le fera changer de nature et se transformer en Tyrannie. Il est aussi possible, et c’est l’hypothèse la plus probable, qu’il soit brisé par cet affrontement, ouvrant alors une période d’incertitudes politiques et institutionnelles comme la France n’en a pas connues depuis 1958. Il peut chercher à dévier la lame de fond qui monte, en organisant des élections anticipées, donnant ainsi une forme d’expression dans le cadre institutionnel actuel à ces trois colères. Mais, le système électoral français est ici mal adapté. Rien ne serait pire que l’élection d’un nouveau Parlement qui ne soit pas à l’unisson des sentiments de la majorité de la population. Il peut, enfin, chercher à anticiper sur ces événements et changer radicalement de politique, apaisant ainsi la colère sociale et la colère identitaire. C’est la voie de la logique et de la raison, chose dit-on la plus mal partagée au monde…

Par Jacques Sapir I 9 mars 2013

[1] Ici
[2] Nicolas Sarkozy était tombé à 38% d’opinions favorables en mars 2008.
[3] Ici
[4] Municipales : premier sondage avant le scrutin
[5] J. Sapir, La Fin de l’eurolibéralisme, Paris, Le Seuil, 2006.

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Découverte d’un gène viral mortel dissimulé dans des céréales OGM commercialisées. -

Quelques mois seulement après qu’une étude aujourd’hui célèbre ait découvert que le maïs NK603 génétiquement modifié de Monsanto entraîne de sérieux dommages et des tumeurs sur les mammifères, un article publié par l’Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire (AESA) a mis au jour que la plupart des OGM d’usage commercial actuels contiennent un gène viral dissimulé qui semble dangereux à consommer par les humains.

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Un accident nucléaire, c’est la fin de la démocratie.

Après deux ans de photojournalisme intensif sur les conséquences des catastrophes nucléaires de Fukushima, certaines conclusions se sont imposées qui rendent obsolètes tous les débats sur le coût du mégawatt électronucléaire et sur la sûreté de fonctionnement des centrales nucléaires.
Prenons l’hypothèse d’un accident nucléaire en France : les conséquences ne seraient pas seulement économiques – le coût s’élèverait à 430 milliards d’euros par réacteur explosé, selon un rapport de l’IRSN. Ni vitales ou écologiques : avant l’irradiation de la population et la contamination de l’environnement, le premier danger auquel il faudrait parer serait d’ordre social et politique : l’effondrement de l’Etat, pesant sur la démocratie, voire sur la République.
Le gouvernement se trouverait alors face à un choix ici sommairement résumé : vendre le château de Versailles pour dédommager les victimes ou abandonner la population irradiée à elle-même afin d’éviter la faillite de l’Etat.
Que nous apprend le cas Fukushima ? Aujourd’hui, dans la zone touchée par le panache radioactif, c’est l’abandon de la population qui prévaut : elle n’a pas été évacuée, elle est restée confinée dans les villes contaminées : Minami-soma, Koriyama, Nihonmatsu, Hirono et la ville Fukushima (homonyme de la préfecture qui en tire son nom).
Le déni du danger est l’aboutissement d’une campagne de communication intensive de l’Etat Japonais, relayée par tous les médias. Si bien que ce danger a été, au mieux, intériorisé par les habitants de ces villes, au pire, imposé.
(En 2013, s’agissant de la liberté de la presse, le Japon a chuté de la 22e place à la 53e, selon le classement de Reporters sans frontières). Dans cette cathédrale de déni, le réveil face aux maladies et à la mort n’en sera que plus douloureux.

LES IRRADIÉS SONT TRAITÉS COMME DES PARIAS
Dans la préfecture de Fukushima, l’Etat s’est effondré et n’offre plus aucune protection aux citoyens. Les irradiés sont traités comme des parias lorsqu’ils demandent le respect de leurs droits, à commencer par l’accès à un air sain et à une nourriture sans radiation.
Les seniors, les plus de 50 ans, s’affrontent avec la jeune génération. Conscients du risque d’effondrement du pays, les anciens nés dans la notion du sacrifice personnel pour le groupe, intiment aux jeunes de se taire pour ne pas endommager davantage la nation.
Bien que le Japon soit le seul pays au monde à avoir subi deux bombardements atomiques, pour la jeune génération, la situation se résume en une phrase : “A Hiroshima ce fut la colère, à Nagasaki la prière, et aujourd’hui à Fukushima, on exige notre silence.”
Dans le cas d’une fusion de cœur de réacteur nucléaire en France, il serait impossible à l’Etat de débourser les 430 milliards d’euros nécessaires (pour 2013 son budget voté est d’à peine 395,5 milliards euros). Comme il serait impossible de compter sur la soumission des Français devant les mesures draconiennes imposées par la force : verrouillage de la zone rouge pour éviter la propagation de la contamination, loi martiale sur la région pour éviter les pillages, censure sur l’information pour éviter la panique.
Les Français sont plus “subversifs” que les Japonais qui n’ont jamais pris une seule Bastille. L’Etat serait alors pris en étau entre risques de faillite et chaos social, et n’aurait d’autre solution, pour survivre, qu’appliquer les drastiques et cruelles normes sanitaires imposées à Fukushima.
Une mini-zone d’évacuation de 20 km de diamètre autour la centrale sinistrée (deux fois le territoire de Belfort, soit 1200 km2), décréter que les zones de 20 millisieverts par an (soit le niveau de radiations acceptée pour les travailleurs du nucléaire) restent habitables et autoriser des taux élevés de radiations dans la nourriture, dont les aliments pour bébés.
Les populations irradiées seraient abandonnées à leur sort, c’est-à-dire que, face aux radiations, elles n’auraient d’autres recours que l’autoprotection.
C’est la tragique conclusion tirée de ces deux années de reportages sur le désastre de Fukushima. Parmi les risques les plus redoutables de l’industrie nucléaire, rôde la menace politique. En cas de désastre, l’électronucléaire mettrait assurément en danger la République et la démocratie.
Antonio Pagnotta, photojournaliste Le Monde.fr | 10.03.2013

Mar 01

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La débâcle européenne

Trois évènements récents viennent jeter une lumière crue sur la construction capitaliste européenne : la publication d’un rapport de la Commission sur la situation économique, l’accord du dernier Conseil européen concernant le budget communautaire, et la défaite électorale de Mario Monti.

L’Europe s’enfonce dans la crise…

L’échec des politiques d’austérité est désormais officiel. La Commission européenne a en effet publié un rapport (« European Economic Forecast, Winter 2013 ») révélant la chute de l’activité, la montée de l’endettement public et l’envolée du chômage. Aucun des objectifs affichés par les institutions européennes n’a été atteint en 2012 et l’Europe va continuer cette année de s’enfoncer dans la crise.

Au dernier trimestre 2012, le PIB a connu un fort recul : -0,6% en zone euro et -0,5% dans l’UE. Quant aux perspectives, elles sont bien plus sombres qu’annoncées initialement. Alors que la Commission prévoyait encore cet été une croissance molle pour 2013 (+1% en zone euro et +1,3% dans l’UE), elle subodore à présent une récession en zone euro (-0,3%) et une stagnation dans l’Union (+0,1%). Cela signifie qu’en 2013 comme en 2012, la zone euro sera la seule au monde dont la croissance sera négative. La consommation va poursuivre sa chute et la formation brute de capital fixe, dont nous soulignions la faiblesse dans un précédent article, devrait « encore se contracter de 1% dans l’UE et 1,75% en zone euro » en 2013.

… ce qui accroît la dette et le chômage

Dans ces conditions, les déficits publics se résorbent bien moins vite que prévu et la dette publique évolue en sens inverse du PIB. Par conséquent, la Commission a dû corriger sa prévision estivale d’une dette publique représentant 92,6% du PIB en zone euro pour 2013. Elle estime à présent que ce ratio sera de 95,1%. Le cas de l’Espagne est emblématique. La Commission affichait cet automne une prévision d’un déficit espagnol 2012 de 8% du PIB, le FMI pronostiquait au même moment un déficit de seulement 7% du PIB, et le gouvernement espagnol annonçait même la semaine dernière un déficit 2012 de « moins de 7% ». Dans tous les cas, cela laissait augurer d’un déficit en diminution par rapport à celui de 2011. Mais la Commission européenne vient d’annoncer que le déficit espagnol a été de… 10,2% du PIB en 2012. La différence (3,2% du PIB) est due aux recapitalisations bancaires. En juin dernier, Mariano Rajoy assurait qu’elles n’alourdiraient pas la dette publique, mais dans un élan de sincérité son ministre de l’Economie avait expliqué le contraire.

La Commission annonce froidement que le taux de chômage passera à 11,1% dans l’Union (12,2% dans la zone euro). En outre, « bien que la prévision inclut une sensibilité plus importante que les années précédentes du chômage à la contraction du PIB, il existe un risque que le dégraissage de la main d’œuvre s’accélère, avec un impact négatif sur la confiance et sur les revenus réels » (p. 28). L’accélération des licenciements finit par miner la consommation. La Commission semble préoccupée non par le chômage lui-même mais par son impact sur la confiance et sur la « croissance potentielle ». Ce qui ne l’empêche pas de souligner par ailleurs que « les acteurs de marché ont regagné confiance dans l’intégrité de la zone euro ». La Confédération Européenne des Syndicats a rétorqué dans un communiqué que « la récession ne se termine que lorsque le chômage est en recul, pas quand les marchés se redressent ».

La confiance?

En période de crise, il y a bien des manières d’employer le terme « confiance ». En juin 2010, le Président de la Banque Centrale Européenne (BCE) déclarait à la presse italienne que « l’idée que des mesures d’austérité puisse provoquer une stagnation est fausse » car « tout ce qui peut aider à accroitre la confiance des ménages, des entreprises et des investisseurs dans la viabilité des finances publiques est bon pour la croissance et l’emploi ». A la lecture du dernier rapport de la Commission, de tels propos peuvent sembler ridicules. Pourtant, on aurait tort de prendre les dirigeants pour des imbéciles découvrant soudainement l’existence du multiplicateur budgétaire keynésien. Comme l’expliquaient Les Economistes Atterrés dans une récente tribune, « l’immense majorité des économistes savaient les risques de l’austérité, y compris ceux du FMI, de la BCE ou de la Commission européenne. Mais l’objectif que poursuivaient ces institutions était différent ».

Les politiques d’austérité ne visent pas à rétablir des équilibres comptables, elles participent d’une stratégie globale de flexibilisation de la force de travail et de remise en cause des acquis sociaux. L’agenda est la marchandisation de la protection sociale et la libéralisation du « marché du travail ». C’est le véritable sens du terme « confiance » lorsqu’il est prononcé par les dirigeants. Si le Président de la banque centrale allemande, Jens Weidmann, estime aujourd’hui que la France doit maintenir l’objectif d’un déficit public limité à 3% du PIB c’est bien sûr en expliquant que « nous devons admettre que nous sommes confrontés à une crise de confiance ». L’origine de celle-ci serait publique et non privée:« il y a eu une perte partielle de confiance dans nos règles budgétaires ainsi que dans la volonté des pays européens à consolider leurs finances publiques ». Ce qui permet à Jens Weidman de vanter la capacité des réformes libérales menées par Hollande (pacte de compétitivité et accord emploi) à restaurer la confiance…

Pathétiques manœuvres budgétaires

Après avoir échoué en novembre 2012 à se mettre d’accord sur le budget européen couvrant la période 2014-2020, les chefs d’Etat européens sont parvenus le 8 février à un compromis doublement novateur. Si ce projet a toutes les chances d’être refusé par le Parlement européen, il faut toutefois l’analyser pour ce qu’il révèle de la construction européenne.

Premièrement, il se traduit par un écart significatif entre ce qu’il promet (crédits d’engagement : 960 milliards d’euros) et les moyens réels dont il se dote (crédits de paiements : 908,4 milliards). Le spectacle de la négociation était celui du pathétique ballet nocturne des dirigeants nationaux se pressant devant le duo Hollande-Merkel pour obtenir quelques euros de plus au titre des dépenses communautaires ou, au contraire, pour négocier une ristourne sur leur contribution. Le Danemark a ainsi obtenu un « rabais » sur le modèle du « chèque britannique » soutiré par Margaret Thatcher en 1984.

Deuxièmement, ce budget est en diminution par rapport au précédent. Il est à peu près du  montant du budget qui prévalait lorsque l’UE comptait 15 membres. Les quatre principaux groupes du Parlement européen – des libéraux aux socialistes en passant par les verts et les conservateurs - l’ont qualifié de « budget d’austérité pour sept ans » et ont d’ores et déjà annoncé qu’ils ne le voteraient pas au moins de juin. Mais ne participent-ils pas tous, au niveau national, à des gouvernements menant des politiques d’austérité ? Le fait est que de nombreux députés européens sont fédéralistes et estiment donc, comme Daniel Cohn-Bendit, que « ce budget est rétrograde, conservateur, et perpétue les erreurs des budgets européens sans vision de l’Europe ». Mais dire, comme lui et comme de nombreux journalistes, que les dirigeants nationaux « ont défendu des intérêts nationaux et non une vision collective de l’intérêt général européen », c’est opposer deux abstractions.

Un budget minuscule

Il n’existe pas d’intérêt national : les dirigeants ont défendu certains intérêts dans leur pays, par exemple ceux des gros agriculteurs. L’intérêt général européen n’existe pas davantage. On peut en revanche constater que les intérêts néo-mercantiles des classes dirigeantes des pays du « centre » de l’Union (Allemagne, Pays-bas, Danemark, Finlande…) se sont alliés à la vision très libérale portée par le Premier Ministre Britannique. Comme le signale Mediapart, François Hollande avait expliqué devant le Parlement européen que le budget européen devait  « prolonger le pacte de croissance adopté en juin dernier, ce qui suppose d’augmenter les moyens prévus pour l’innovation, les infrastructures, les nouvelles énergies. » Or non seulement ces dépenses-là n’ont pas été augmentées mais elles ont été réduites. Tout comme l’aide alimentaire aux plus démunis, passée de 2,1 à 1,4 milliards d’euros.

Comment expliquer que les dépenses liées à des projets européens de transports, d’énergie et de réseaux de télécommunication ont été réduites – hors fonds de cohésion régionale - d’environ 25% par rapport aux demandes de la Commission alors qu’elles sont unanimement considérées comme synonymes de croissance et d’emplois ? Hollande demandait face au Parlementaires européens : « Où serait la cohérence d’avoir défini au mois de juin un pacte de croissance et de faire ensuite un pacte de déflation à travers le cadre financier européen ? ». En réalité, il n’y a pas d’incohérence puisque le fameux pacte de croissance est à peu près vide. Replaçons ce projet de budget dans la trajectoire récente de la construction européenne. Acte 1 : Les dirigeants nationaux se mettent d’accord pour limiter leurs déficits publics (Maastricht et le Pacte de Stabilité et de Croissance). Acte 2 : La crise, dans laquelle les bons élèves de l’Union Européenne, qui respectent cet accord, sont généralement les plus touchés. Acte 3 : Qu’à cela ne tienne, on renforce encore le contrôle de la Commission sur les budgets nationaux (« semestre européen » adopté en 2010, « 2-pack » adopté en 2011) et on durcit l’exigence austéritaire (« 6-pack » en 2011, TSCG en 2012). Acte 4 : l’austérité doit être étendue au budget européen lui-même. Rappelons que contrairement aux Etats-Unis, l’UE n’émet pas de dette fédérale. Elle s’est donc imposé l’équilibre budgétaire : les recettes doivent être égales aux dépenses.

Quel type de budget fédéral serait en mesure de compenser les divergences économiques au sein de la zone euro et d’atténuer les effets de la crise en Europe ? Le projet de budget représente seulement 1% du PIB européen. Certains auraient souhaité 0,9%, d’autres 1,1%. Mais comme l’explique le directeur adjoint de l’Institut Bruegel (think tank social-libéral et pro-européen), « le différend entre les Etats porte sur des chiffres totalement insignifiants au plan macroéconomique ». Nul n’a proposé de réelle augmentation du budget et en juin 2013 les propositions des parlementaires européens seront à peine plus ambitieuses.

Monti ou la chute du « trait d’union »

Dernier évènement en date : le cinglant désaveu pour le gouvernement « technique » de Mario Monti. Sans doute grisés d’avoir pu imposer aux grecs Lukas Papadémos, ancien vice-président de la BCE, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy avaient ensuite propulsé Mario Monti, ancien Commissaire européen et conseiller de Goldman Sachs, afin qu’il mette en œuvre l’austérité en Italie. Aujourd’hui il ne récolte que 10% des suffrages. Voici deux des nombreux enseignements que l’on peut tirer de cette élection.

Premièrement, les multiples réactions raillant les électeurs italiens illustrent bien la conception très instrumentale de la démocratie formelle prévalant parmi les classes dirigeantes européennes. Pour éviter que « le désordre politique romain » ne gagne d’autres capitales, il faudra, selon Les Echos, « mieux expliquer pourquoi les réformes sont nécessaires », « en faire la pédagogie et se fixer un calendrier réaliste »… Même son de cloche outre-Rhin, où la presse économique préfère dénoncer « un refus puéril de reconnaître la réalité » plutôt que d’admettre elle-même la réalité de la crise sociale provoquée par les mesures d’austérité

Deuxièmement, la faillite de Monti n’est pas seulement celle d’un gouvernement libéral mais aussi celle du « trait d’union » entre les classes dirigeantes européennes. Comme nous l’expliquions en juin dernier, Monti « a proposé ses services pour coaliser les ‘bonnes volontés’ pour que l’Europe mette au point des mesures favorisant une croissance compatible’ avec les engagements de rigueur budgétaire chers à l’Allemagne. Il endosserait alors le rôle du négociateur susceptible de faire émerger parmi les bourgeoisies nationales un consensus pour retoucher le TSCG à la marge ». Mais le TSCG n’a pas été retouché, pas même marginalement. Et en guise de croissance, l’Europe connait la récession. L’échec de Mario Monti est aussi celui de François Hollande.

28 février 2013 Par Philippe Légé

Fév 13

“Nous prenons une décision, puis nous la mettons sur la table, et nous attendons un peu pour voir ce qui se passe. Si elle ne provoque ni tollé, ni émeutes, parce que la plupart des gens ne comprennent rien à ce qui a été décidé, nous poursuivons – pas à pas, jusqu’au point de non-retour.” — Jean-Claude Juncker, président de l’Eurogroupe, 1999.

“Nous allons vous presser jusqu’à ce que vous soyez vide, puis nous vous emplirons de nous-mêmes.” — Georges Orwell, 1984

“- Comment se porte le malade?
- Un peu plus mal depuis votre remède
- Tant mieux, c’est signe qu’il opère” — Molière - Le médecin malgré lui

Forum de Davos 2013: «business as usual»

A Davos, la messe vient d’être dite une nouvelle fois, par les plus puissants d’un monde prétendu globalisé. Après avoir engagé ses convives à agir comme des «administrateurs globaux» pour que chaque sphère d’action soit rendue à la fois plus dynamique et plus «résiliente au risque», le grand prêtre Klaus Schwab a conclu qu’il n’y avait aucune alternative au capitalisme. Après la «formation du monde de l’après-crise» (2009), la «feuille de route pour une croissance durable» (2010), les «normes partagées pour une réalité nouvelle» (2011), «la grande transformation: créer de nouveaux modèles» (2012), la rencontre de janvier 2013 était placée sous le signe du «dynamisme résilient»: il s’agirait désormais de savoir comment résister aux chocs brutaux, s’adapter aux changements soudains, s’en remettre et surtout «poursuivre ces objectifs».

Le contenu de ces concepts rhétoriques ne fait aucun doute: le dynamisme dans la résilience, c’est en fait ce que sont parvenues à accomplir grandes banques et grandes entreprises après le choc réel de la crise de financière de 2007/2008. Les résultats sont là: non seulement les salaires des responsables des grandes banques ont dépassé le niveau atteint en 2006, non seulement les bonus des traders ont rejoint ceux de l’avant-crise, mais surtout la taille du «shadow banking» a fortement progressé: selon le Conseil de stabilité financière (CSF) chargé par le G20 d’empêcher une nouvelle crise, en 2011 les actifs de la «banque de l’ombre» représentaient au Royaume-Uni 370% du PIB et en Suisse 210% alors qu’ils se montaient aux Etats-Unis à la somme incommensurable de 23.000 milliards de dollars (22.000 milliards pour la zone euro), bien plus que la dette souveraine abyssale du pays (largement creusée par l’aide aux banques à la fin de l’ère de Bush Jr).

Dans l’intervalle, sur le plan économique, le fossé entre la rémunération du travail salarié et la rémunération du capital (au bénéfice des actionnaires) ne faisait que s’accroître. Selon les statistiques de l’INSEE, en France, entre le début de 2007 et le début de 2012, les dividendes nets ont progressé de 27,4% contre 6,4% pour la valeur ajoutée et 12,5% pour la masse salariale. C’est dire que la part des profits dans les gains de productivité depuis la récession économique provoquée par la crise financière a connu une augmentation beaucoup plus forte que la récupération salariale. Une fois encore, sous le slogan de la compétitivité (si chère au gouvernement Hollande, en plein accord avec le Medef), prévalent toujours et encore rentabilité et augmentation du taux de profit, au bénéfice des plus riches.

Sans doute n’est-ce pas un hasard si, dans le contexte davosien de 2013, une place de choix a été réservée à Mario Monti. Invité d’honneur, le chef du gouvernement italien n’a pas manqué de se vanter d’avoir imposé à l’Italie non seulement l’inscription de l’équilibre budgétaire dans la Constitution du pays, mais aussi un plan d’économies de onze milliards d’euros (son plan «salva-Italia» prévoit en fait des économies pour 63 milliards dès 2012) ainsi qu’un programme de ventes d’actifs immobiliers, assortis d’un plan de lutte contre l’évasion fiscale de pure façade. De la régulation des banques pas un mot.

N’oublions pas que, ancien commissaire européen, Mario Monti a été récemment membre du comité consultatif de Coca-Cola, conseiller européen pour l’agence de notation financière états-unienne Moody’s et surtout, dès 2005, conseiller international de Goldman Sachs. De ce point de vue, le président du Conseil des ministres italien n’a pas besoin du forum de Davos pour établir des relations de connivence avec Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), lui-même vice-président un temps de la branche européenne de Goldman Sachs; c’était le moment où cette puissante banque d’affaires new-yorkaise avait conseillé la Grèce dans l’utilisation de produits dérivés pour masquer ses déficits budgétaires… Rappelons que la dérégulation des banques, avec les conséquences dramatiques connues en 2007/8, date du choix par Ronald Reagan de Donald Regan, directeur de Merrill Lynch, comme secrétaire au Trésor, c’est-à-dire ministre des finances (1981-1985), puis comme chef de cabinet (1985-1987).

Quant à l’ensemble de l’Europe, il s’agit désormais de consacrer le montage financier pervers qui revient à faire payer aux populations les frais de la crise financière provoquée par la libéralisation des banques et par les spéculations qu’elle a provoquées. Les peuples d’Europe sont contraints de combler le déficit des banques de quatre manières à la fois: en tant que contribuables pour combler l’endettement des Etats appelés à renflouer les banques en quasi faillite (en contradiction totale avec le sacro-saint principe de la «concurrence libre et non faussée»), en particulier par l’augmentation de la TVA; en tant qu’usagers des services publics dont ils sont peu à peu privés par mesures d’«austérité» interposées; en tant qu’épargnants par des taux d’intérêt de plus en plus bas; et finalement en tant que salariés par les «réformes» des conditions de travail imposées par le dogme d’une flexibilité et d’une compétitivité qui relèvent de l’orthodoxie économiste et productiviste la plus stricte.

En fait, à l’échelle planétaire, les rassemblements de Davos sont comparables aux déjeuners du Crillon à l’échelle hexagonale. Le documentaire de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat sur Les nouveaux chiens de garde illustre parfaitement les accords informels mais efficaces que permettent, en dehors de tout contrôle politique et de toute procédure démocratique, ces échanges des richissimes patrons des plus grandes banques et des multinationales les plus puissantes avec leurs fidèles relais parmi les dirigeants politiques, avec leurs idéologues et avec les représentants des médias. Au-delà des concepts insidieusement séducteurs, le résultat tangible en est de juteux contrats d’investissement avec les pays émergents, dans la plus grande orthodoxie néolibérale et dans la plus grande opacité institutionnelle et démocratique… «Business as usual» avec les conséquences catastrophiques d’une croissance envisagée uniquement en termes de consommation et de profit financier –au mépris des conséquences qu’un économisme fondé sur la productivité et la passion du gain est en train d’avoir autant sur l’environnement que sur l’humanité qui en tire ses moyens de survivance.

Il n’y aucune surprise à constater que la messe néolibérale dite hiver après hiver à Davos (transformé pour l’occasion en micro Etat policier) n’envisage rien d’autre que des moyens de résister aux chocs économiques et financiers: ils sont inhérents à un capitalisme entièrement libéralisé, dont les principes mêmes ne sont jamais remis en question.

11 février 2013 - Les invités de Mediapart